

Communiqué ESPOIR
6 février 2026, Nancy-Metz
Mercredi 4 février au soir se réunissait à la Faculté de Sciences et Technologies (FST) une Assemblée antifasciste, un amphi ayant été réservé à cette fin par le collectif intersyndical ESPOIR. En période de campagne électorale universitaire marquée par quelques tensions avec les partisan·es des listes étudiantes de l’UNI et de la Cocarde, et suite à un événement similaire qui s’était déroulé sans incident le 20 novembre, l’Assemblée antifasciste a pris en charge la sécurité de la soirée. Un service d’ordre composé de personnes bénévoles participant à l’Assemblée a donc assuré cette sécurité, plusieurs équipes ayant pour mission d’éviter toute intrusion hostile qui aurait pu mettre en danger les participant·es.
Autour de 19h, un véhicule avec quatre agents de la police nationale est entré sur le campus et les agents ont poursuivi un groupe du service d’ordre jusqu’à l’intérieur du bâtiment. Les quatre agents sont entrés dans le hall devant l’amphi, l’un avec un taser à la main, une autre avec un chien, menaçant bruyamment le groupe au milieu d’autres participant·es à l’Assemblée. Quand nous avons signifié que ce groupe était bien avec nous, qu’il y avait une réunion publique organisée avec l’accord de l’université, le responsable des policiers a dit que tout était en ordre et qu’ils repartaient. Nous leur avons rappelé que la police n’avait pas le droit d’intervenir sur le campus sans demande expresse de la présidence ou alors en cas de flagrant délit. Il nous a été répondu qu’ils avaient été appelés pour la présence d’un groupe de personnes cagoulées armées de battes de baseball et de poings américains : cela n’était absolument pas le cas du service d’ordre.
On peut imaginer que des personnes hostiles à la tenue de l’Assemblée ont appelé la police pour provoquer cette intervention, qui en elle-même aurait été compréhensible. Une fois la situation clarifiée les choses auraient dû en rester là.
Pourtant, moins d’un quart d’heure après, trois véhicules et 15 à 20 agents de police sont intervenus avec deux chiens à l’entrée du bâtiment près de l’amphi VG8. Ils ont alors immobilisé la quinzaine de personnes qui se trouvait en haut des marches, parmi lesquelles des personnes qui assuraient la sécurité et dont aucune n’était masquée, en les obligeant à s’asseoir par terre. Ce n’est donc pas une intervention mineure, et c’est la deuxième intervention en une demi-heure sur initiative de la seule police, sans que la présidence en ait été à l’initiative, ni même à notre connaissance directement informée.
Appelé par un agent de la FST, le doyen est arrivé et est allé échanger avec la police pour leur indiquer que l’événement était bien autorisé et qu’il n’avait eu connaissance d’aucun incident. Il s’est déroulé un long moment de face-à-face entre les 15 participant·es à l’Assemblée assis de force en haut des marches et les 15 à 20 policiers, avec projecteur de lumière dans les yeux et activation d’un stroboscope quand nous avons filmé la scène et que nous restions pacifiques.
Cet événement est inédit. Nous avons répété aux policiers présents qu’ils n’avaient pas le droit d’intervenir sans autorisation de la présidence. Ce rappel, la présence à la porte du bâtiment de quelques personnels de l’université et du doyen ont sans doute permis une relative retenue de la part de la police. On se demande comment les choses auraient tourné si la police s’était trouvée seule face aux 15 participant·es, majoritairement jeunes et parmi lesquel·les des étudiant·es de l’université de Lorraine.
Le lendemain, jeudi 5 février vers midi, un nouvel incident a eu lieu en marge d’une diffusion de tract par la Cocarde au Resto U’ cours Léopold à Nancy, tandis que d’autres étudiant·es diffusaient également un tract. Une pile de tracts de la Cocarde ayant été jetée par terre, la police est intervenue sans délai avec trois véhicules, 12 à 15 agents. Ces derniers sont entrés dans le Resto U (nous ignorons si c’est à l’invitation de sa direction) puis ont relevé les identités d’étudiant·es qui s’étaient opposé·es à la Cocarde. Si ces faits sont indépendants de ce qui s’est passé la veille, et en dehors du périmètre de l’université, un policier a explicitement dit à un étudiant contrôlé : « C’est pas comme hier, là on a le droit ». Il semble qu’une partie au moins des agents de police du jour étaient présent·es la veille à la FST, et l’un au moins d’entre eux semble avoir exprimé la satisfaction d’avoir pris sa revanche et reconnaît avoir peut-être agi la veille à la limite de la légalité.
Ces faits sont extrêmement graves. Nous avons assisté à une connivence de fait entre la police et les militant·es d’extrême droite, notamment de la Cocarde, pour s’en prendre à des étudiant·es et d’autres personnes marquant leur opposition à leur intervention. Ces derniers jours, un compte Instagram a révélé que les leaders locaux de la Cocarde étaient capables d’afficher des positionnements racistes, suprémacistes et nazis (https://www.instagram.com/p/DUQ5OHbjQlg/). Que la police réponde une fois à leur appel pour tenter d’empêcher la bonne tenue d’une Assemblée régulièrement organisée sur un campus est une chose. Qu’elle s’obstine et revienne à la charge, après clarification, alors qu’il était manifeste que les motifs invoqués pour son intervention (la présence d’un groupe armé de battes et de coups de poing américains) étaient erronés, tout en maltraitant les personnes présentes en les obligeant à s’asseoir par terre dans le froid, c’en est une autre.
Personnels de l’Université de Lorraine, nous condamnons fermement ce comportement hostile de la police nationale. Si le premier déplacement peut avoir une certaine légitimité après qu’un appel a signalé un incident, celui-ci n’ayant pas été confirmé lors de cette première intervention, en tout état de cause, rien ne justifie une poursuite de participant·es de l’AG à l’intérieur des locaux par des agents de police, qui plus est accompagnés d’un chien et alors que l’un au moins des agents avait sorti une arme incapacitante.
Tous ces événements, dans un intervalle de temps très court, mettent au grand jour le fait qu’une partie des forces de police agit en connivence avec l’extrême droite, y compris avec ses éléments les plus radicaux.
L’extrême droite états-unienne a explicitement désigné l’Université comme son ennemie. Les discours hostiles à l’Université se diffusent en France. Dans ce contexte, les franchises universitaires demeurent une protection, pour nos libertés, et pour notre sécurité. Nous les défendrons avec détermination.
